Lecture de « Le virtuel au quotidien » d’Alain Gauthier

Il y a deux sujets dont on aime parler en ce début de 21e siècle : le virtuel et le transhumanisme. Nous laisserons ce dernier terme de côté pour nous occuper du premier. Ainsi Alain Gauthier, dans son ouvrage intitulé Le virtuel au quotidien nous dresse un tableau plutôt pessimiste du monde de l’informatique. Cependant il va au-delà de l’informatique pure pour nous parler d’une société entière plongée dans le virtuel. De tous les thèmes qui sont traités dans ce livre, nous ne retiendrons que quelques points qui ont attiré notre attention.

Le livre et le numérique

Tout d’abord l’auteur nous parle des livres numérisés et du compactage du travail de l’écrivain sous la forme de fiches-écran qui dénaturent l’écriture et la complexité de la pensée. Cependant il faut commencer par dire que le livre numérique n’a pas eu le succès escompté. L’informatique a servi au contraire à favoriser l’essor du livre papier.

Ainsi de grandes plateformes de vente en ligne de livres se sont développées et sur lesquelles les librairies traditionnelles peuvent mettre en vente une partie de leur stock. Ces plateformes ont également transformé les lecteurs en bouquinistes intermittents où chacun peut vendre des livres, augmentant de ce fait la diffusion de l’imprimé.

L’analyse détaillée d’Alain Gauthier du livre électronique est ainsi rendue caduque car en cette année 2022 c’est le papier qui est privilégié, avec par exemple le développement de l’impression à la demande. Le document numérique n’est utilisé que dans des cas bien précis qui restent minoritaires par rapport au livre papier.

La consommation de masse

Ensuite le concept d’énergie nulle avec sa conséquence la consommation de masse au prix le plus bas n’est que très peu liée au virtuel. Les inégalités sociales étant croissantes, les plus pauvres se retrouvent à consommer des produits à bas prix ou de seconde main. Alain Gauthier nous fait ici l’éloge du luxe sans voir que la majorité de la population n’a pas accès à cette catégorie de produits. Le tout minimum est la condition sans exception des classes populaires. Acheter un produit au prix le plus bas n’est pas un challenge mais une nécessité première pour ceux qui ont le salaire minimum pour vivre. Et la virtualisation n’a qu’un lien très lointain dans ce processus.

Le web marchand

D’autre part, en ce qui concerne la vente par le biais d’Internet, il est bon de faire quelques remarques. L’achat sur le web évite parfois de nombreux écueils. Ainsi le grand marché qu’offre Internet avec ses sites marchands et les comparateurs de produits avec leurs caractéristiques détaillées et leurs prix évite aussi bien souvent de subir la logorrhée des vendeurs qui incitent par des procédés psychologiques à vendre leurs produits à des acheteurs néophytes, tout en « gonflant » les caractéristiques des produits. La rationalisation de la présentation des produits permet de se prémunir de l’antique méthode « du marchand de tapis ». Le fameux souci du moindre effort permet en fait de faire un choix en utilisant moins ses émotions qui se déploient lors d’un contact directe avec un vendeur, lequel est astreint à réaliser le maximum de ventes.

Internet et l’évènementiel

Un autre point est celui de « l’énergie molle » dans l’évènementiel. Dans ce domaine il y a de plus en plus d’évènements qui sont relayés par Internet. Les explications que nous donne Alain Gauthier sur le caractère de plus en plus virtuel de ce genre de manifestations rejoint en fait les mêmes critères que la vente sur le web.

Les manifestations, les salons et les rassemblements divers ne sont pas « ramollis » par la diffusion sur le web. Cette diffusion permet une approche sous différents angles des sujets qui sont abordés. Ce n’est pas vraiment une nouveauté puisque les journalistes effectuent au quotidien ce type de travail qu’est la médiatisation de rassemblements divers.

Ce n’est pas la diffusion des cours du Collège de France sur le web qui ramollit les conférenciers ou les auditeurs qui suivent les cours. C’est au contraire une manière de toucher un plus large public, notamment ceux qui se trouvent éloignés géographiquement du Collège de France.

La virtualité du jeu

Pour ce qui est de la virtualité du jeu, il y a sur ce sujet de nombreux débats. Le jeu informatique est coupé du réel. C’est un algorithme autonome où la réalité est simulée, c’est-à-dire basée sur des théories provisoires et simplificatrices de la réalité. L’aléatoire est un pseudo aléatoire reposant sur des calculs qui n’ont aucune correspondance avec l’infinie complexité du réel qui reste toujours à déchiffrer. Lorsqu’on joue contre l’ordinateur sans autre intervention humaine d’un autre joueur, nous sommes face à un univers où tout semble maîtrisable en développant un certain savoir-faire. Aussi finit-on toujours par contrôler le programme du jeu à force d’expérience.

Alain Gauthier nous parle du jeu dans son ensemble : les cartes à gratter, le loto, etc. Il mélange les jeux qui font intervenir un ordinateur et les jeux de pur hasard comme l’est le loto. Pour notre part nous ne voyons pas de virtualité dans des jeux comme le loto ou le tiercé, car le hasard est un vrai hasard et non un algorithme programmé sur ordinateur. De plus nous sommes ancrés dans le réel, ce qui n’est pas le cas avec le jeu vidéo.

Pour finir nous dirons qu’Alain Gauthier ramène le virtuel à l’ensemble des activités humaines. Cette vision englobante et généralisante n’est cependant pas totalement pertinente, car de très nombreux domaines échappent à la virtualisation. La multiplication des écrans n’a pas supprimé les interactions sociales directes. Dans toute l’histoire de l’humanité, nous n’avons jamais autant voyagé qu’en ce début de 21e siècle. Ce qui indique que l’homme ne se contente pas seulement du virtuel et qu’il cultive également l’empirisme et l’expérimentation

Lecture buissonnière de « Les sciences ça nous regarde » de Lionel Larque et Michel Pestre

L’environnement est une préoccupation récente car à l’époque du 18e siècle beaucoup d’entreprises polluaient les grandes villes. C’est ce qui ressort de l’article de Jean-Baptiste Fressoz. La pollution des usines dévastaient les cultures aux alentours sans que les compagnies agricoles eussent la possibilité d’intervenir. La disparité géographique où se trouvent ces usines produit des zones défavorisées socialement alors que les quartiers bourgeois ne possèdent pas sur leur sol ces usines polluantes. D’autre part les usines créent des quartiers ouvriers dépourvus d’équipement sociaux et culturels. Et ceci s’accentue avec la mondialisation où des quartiers entiers sont uniquement consacrés à la production industrielle.

Les brevets : un frein ou une incitation à la recherche ?

Depuis l’analyse du génome, le vivant est de plus en plus breveté, et les deux tiers de ces brevets sont détenus par des entreprises privées. Ainsi le profit financier devient l’élément moteur de l’incitation à la recherche. De plus, les détenteurs de brevets placent ceux-ci en situation de monopole en ce qui concerne la fabrication des produits directs et dérivés. Ce qui grippe toute la chaîne de la recherche. Aussi faut-il que les États interviennent pour modifier cette exclusivité qu’ont certaines firmes. Le cas de Microsoft est un très bon exemple de monopole absolu. La vente liée de Windows avec les ordinateurs est une vente forcée. Il a fallu des batailles juridiques interminables pour avoir la possibilité pour le client d’acheter un ordinateur sans Windows. Nous dépassons ici le cadre du monopole de brevet pour entrer dans le cadre du racket pur et simple. Pendant des dizaines d’années Microsoft, par sa situation de monopole, a empêché la recherche pour créer d’autres systèmes d’exploitation. Il a fallu que la licence libre apparaisse pour que d’autres systèmes voient le jour. De ce fait le brevet est un frein à l’innovation, un frein qui repose sur l’économie capitaliste.

La science au service des idéologies

La science n’a pas le monopole de la vérité. Les pires horreurs peuvent être produites au nom de la science. De plus la science n’est qu’un mode de connaissance parmi d’autres. Vouloir tout ramener à la science relève du scientisme. La science possède ses contradictions, ses impasses et aussi ses sectes. Elle n’est pas immunisée contre les dérives que l’on rencontre dans d’autres domaines de la connaissance. C’est au nom de la science que l’on tue, que l’on torture et que l’on fait des expériences abjectes. L’employeur principal des scientifiques à longtemps été le service des armées. C’est à cause des guerres que de grandes avancées scientifiques ont eu lieu. On nous présente souvent le scientifique comme étant un homme pacifiste et sage, en oubliant que des scientifiques sont aussi responsables de millions de morts.

Le passage des sciences aux technosciences

Les sciences existent depuis bien longtemps. Le désir de savoir fait partie de la nature humaine. Mais durant une longue période, la connaissance pure était détachée des applications directes de la vie quotidienne. Et ensuite on a demandé à la science qu’elle devienne une technoscience, en un mot qu’elle soit utile à la vie quotidienne. A partir de ce moment, le rôle des universités a changé. De simple société savante, elle est devenue une université faite pour former des personnes à un métier. La connaissance ne fut plus désintéressée et entra dans la sphère marchande. Et le processus n’a fait qu’évoluer dans ce sens jusqu’à nos jours avec un utilitarisme forcené. Nous en sommes à présent arrivés à un stade où il n’y a plus que des technosciences

(Janvier 2021)

L’impossible voyage, de Marc Augé

Le tourisme de masse est un phénomène récent. Dans son ouvrage intitulé « L’impossible voyage », Marc Augé nous dépeint un univers touristique avec une grande acuité concernant ce mal du 21e siècle. La planète est de plus en plus détruite avec ce tourisme qui ne ressemble en rien à un voyage d’étude, comme cela se pratiquait avant ce tourisme de masse. L’auteur analyse ici le kitsch généralisé de ce marché qu’est le tourisme. Si nous continuons sur cette pente, il n’y aura bientôt plus de ressources à cause de ces voyages où tout est artificiel. Marc Augé lance ici un appel avant que le monde ne se transforme en un gigantesque parc d’attraction où les hommes seront totalement aliénés.

Bruce Bégout et la philosophie de la vie quotidienne

La vie quotidienne n’est pas le sujet de prédilection des philosophes. Sujet que beaucoup trouvent un peu prosaïque, nombreux sont ceux qui préfèrent manier les concepts. Cependant Bruce Bégout ose réfléchir sur ce qui nous semble apparemment le plus évident, et donc le plus trivial.

Ainsi il s’intéresse à des objets comme le motel ou à des lieux comme les bords de routes en nous faisant prendre conscience de ce que l’on ne perçoit qu’indistinctement sans trop y faire attention. Le discours de l’auteur agit comme un révélateur, au sens photographique du terme, et transforme notre perception de ces lieux que nous connaissons tous.

Son travail sur l’architecture devenue friche, parfois avant même que celle-ci soit terminée, nous montre que nous vivons dans l’éphémère par cause d’accélération toujours plus grande dans tous les domaines.

La question de l’artifice est également soulevée, dans un univers où tout est recouvert de « paillettes » pour nous faire croire au merveilleux, alors que presque partout règne le précaire.

Un auteur à lire et à suivre, donc, qui vous nettoiera le regard et vous ouvrira les yeux sur ce qui nous entoure.

Demain les posthumains ou pourquoi le futur a encore besoin de nous

Que va devenir l’humanité avec le développement croissant des machines ? Question lancinante que Jean-Michel Besnier se pose et dont il propose des réponses face à cette rencontre avec le non-humain. Pour lui, le non-humain est digne d’une morale et il nous présente une éthique des robots. Car les machines dont il parle sont douées des capacités d’interagir avec l’environnement comme les êtres vivants.

Les robots n’ont pas la capacité de souffrir, cependant rien n’empêche d’imaginer que dans les développements futurs les machines n’auront pas peut-être atteint une telle complexité qu’elles s’apparenteront à la complexité du vivant. C’est du moins ce dont parle l’auteur en tentant de prendre des exemples sur les technologies actuelles et leurs potentialités. Il reste toutefois prudent sur certains développements de la technique, comme par exemple l’escamotage du corps dans l’imaginaire transhumaniste. Dans le désir de fluidité, le corps devient encombrant à partir du moment où l’on peut uploader la pensée dans une machine. Une « deuxième vie » est possible lorsqu’on se débarrasse du corps. Ce corps qui nous fait prendre conscience de notre finitude. Une fois la conscience téléchargée dans une machine, nous voilà promus au rang des immortels !

D’autre part, pour Jean-Michel Besnier la transgression serait à la base de la culture. La culture est une transgression à l’endroit de la Nature. La Nature n’est pas clémente envers l’homme, contrairement à ce que pensait Rousseau. La culture est nécessaire pour libérer l’homme de l’emprise de la Nature. Et il est difficile de dire où s’arrête la culture et si elle ne doit pas totalement renverser la Nature en la désacralisant. La technique ne s’oppose pas de façon radicale à la Nature. Il y a en fait une intrication entre les deux. Et opter pour l’extrémisme est néfaste dans les deux cas pour l’homme.

L’androïde ou le cyborg ne puisent leurs sources que dans un désir ancestral de fabriquer des machines, des plus rudimentaires jusqu’aux plus sophistiquées. La différence c’est qu’en ce début de 21e siècle nous atteignons un stade encore jamais atteint auparavant. Le robot se rapproche de plus en plus de l’humain, jusqu’à créer un phénomène de malaise chez l’homme. Ce dernier cherche à faire ressembler la machine à son image, mais arrivé à un certain point il y a un mécanisme de rejet car l’homme se sent comme humilié. Il ne semble pas y avoir de limites à l’évolution des machines, et c’est ce qui commence à en inquiéter certains. Car, par exemple, dans une usine automatisée, l’homme devient un élément gênant et non nécessaire au bon fonctionnement des machines. De plus la technique concerne aussi le vivant avec les biotechnologies. Ainsi l’homme qui se croyait supérieur à la machine par le fait qu’il soit biologique en vient à être concurrencé avec des techniques comme le clonage.

L’externalisation de notre mémoire par la biais des machines informatiques est un danger pour la préservation de notre histoire. La disparition des livres au profit du stockage informatisé et de ses traitements multiples risque de faire perdre aux hommes leur identité, en ne sachant plus qui ils sont. Les partisans du transhumanisme sont bien souvent des défenseurs de « la table rase », en pensant que le passé n’a plus rien à nous apprendre. Pourtant les archéologues sont tout autant utiles à la société que les ingénieurs et les informaticiens. Une civilisation sans passé est condamnée à l’errance. Pas d’identité individuelle et collective sans mémoire. Et une mémoire gérée informatiquement à la façon de Google serait totalement impropre à ne pas faire perdre une très grande quantité d’informations qui feraient par exemple défaut aux historiens.

A partir du moment où la conscience n’est plus le propre de l’homme mais également le fait des animaux et des machines, tout peut prendre une orientation différente. La conscience étant basée sur un système de rétroactions permanentes, rien n’empêche de concevoir une machine ayant ces caractéristiques. C’est du moins la thèse que défendent certains transhumanistes lorsque les machines auront atteint ce fameux seuil de la « singularité ». Le réseau Internet transforme la terre en gigantesque cerveau planétaire électronique.

Cette mésestime de soi, comme le dit Jean-Michel Besnier, pour aboutir à un cyborg dénué de toute métaphysique est-elle la suite logique de l’évolution de l’espèce humaine ? Il est bien délicat de s’avancer sur ce terrain glissant et incertain. Ce que l’on peut dire, néanmoins, est que l’homme va devoir apprendre à vivre avec des machines de plus en plus évoluées. Et de ce fait, il va lui falloir développer une nouvelle éthique qui prenne en considération ces machines. Ce n’est pas en tombant dans les extrémismes du tout écologique ou du tout technologique que l’homme réussira à trouver la bonne place dans la Nature. Tout est affaire de modération et c’est la juste mesure qui nous aidera à vivre en harmonie avec le vivant mais aussi avec les machines.

Les lendemains qui mentent, Peut-on civiliser le management ? de Camille Desmarais

Camille Desmarais, Les lendemains qui mentent, Peut-on civiliser le management? éditions du Seuil, février 2001.

Le management est la technique pour faire travailler les autres. Ici l’auteur nous montre l’utilisation de certaines méthodes pour obtenir de la « productivité ». Les théories de Taylor ne sont pas mortes, bien au contraire. L’aliénation règne dans de nombreuses entreprises où les salariés ne connaissent par les finalités de ce qu’ils font. Cet ouvrage décortique l’idéologie du management qui n’est qu’au service du capitalisme.

Le bonheur paradoxal de Gilles Lipovetsky.

Notre monde ne pense qu’à la croissance. Jusqu’où peut croître l’économie dans un monde fini? L’hyperconsommation de notre XXIe siècle devient absurde dans sa croissance toujours plus grande. L’auteur soulève ici les paradoxes de la croissance infinie du libéralisme alors que les individus sont de plus en plus aliénés.

Gilles Lipovetsky, Le bonheur paradoxal, Essai sur la société d’hyperconsommation, éd. Gallimard, 2006.

Contre la méthode de Paul Feyerabend

Nous regarderons brièvement ici un auteur qui dérange beaucoup. Si Edgard Morin nous a montré que « tout est dans tout » et qu’il faut avoir une approche systémique de la connaissance, avec Paul Feyerabend nous allons encore plus loin dans ce sens. En effet, pour cet auteur qui pratique le « tout est bon » la science souffre d’une « disciplinarisation ».

A l’université les cursus sont décidés par des enseignants qui construisent un « programme ». Or ce programme est ARBITRAIRE. Aussi ne faut-il pas respecter le « programme » pour pouvoir sortir des ornières dans lesquelles les individus sont placés.

Contre la méthode est un ouvrage contre « toute méthode ».  Nous ne nous étendrons pas sur le travail complexe de cet auteur et invitons le lecteur à se plonger dans ce livre bien en avance sur son temps.

 

Ville panique de Paul Virilio

Paul Virilio, depuis longtemps déjà, pose le problème de l’accélération des communications et des transformations du territoire. Dans son ouvrage Ville panique, l’auteur nous parle du bouleversement que produit « l’électro-optique », avec les milliards d’écrans qui diffusent des images sur la planète. Déjà dans L’inertie polaire il soulevait la question de savoir ce que devient la réalité dans un monde où tout devient images, et où l’espace et le temps sont totalement modifiés. La télévision transforme notre rapport au réel des événements. Ainsi, si la société est « spectaculaire » au sens de Debord, Paul Virilio nous montre que l’information est devenue l’élément primordial, y compris dans les guerres où l’échange d’informations remplace la guerre réelle. Monde d’ubiquité, nous sommes partout et nulle part. « La tyrannie du temps réel », comme il l’écrit, aboutit à une « catastrophe ». Le dehors devient le dedans et la ville se referme sur elle-même pour devenir un « bunker » électronique où les écrans (caméras de surveillance, Internet, télévisions, etc. ) se substituent au réel direct. Tout au long de son travail, Paul Virilio analyse nos sociétés contemporaines où règne la lumière « auto-produite » des écrans. En lisant cet auteur, vous ne regarderez plus du tout votre téléviseur de la même façon.

Zéropolis de Bruce Bégout

Notre monde est celui de l’artificialité et du clinquant. Partout se construisent et se démolissent des architectures qui ne durent pas plus de tout juste 20 ans; certaines ne sont parfois jamais terminées et restent à l’état de friches.

Dans son ouvrage Zéropolis, Bruce  Bégout nous dépeint une ville où règne le jeu et son caractère aliénant. Nous sommes ici aux USA, mais il se produit le même phénomène en France et dans d’autres villes européennes. Lorsque le jeu devient un vice dévastateur, la vie se résume à gratter, à cocher des cases, à tirer des manettes, et à procéder à autant d’actes stupides dont les protagonistes ne prennent pas conscience. Bruce Bégout nous montre avec clairvoyance la plus grande ville du jeu américaine. Il porte un regard radiographique de cet univers insensé qu’est le jeu.

Le livre Zéropolis ne comporte que 125 pages, mais dans ce travail condensé, l’auteur nous livre ici l’essence du rêve américain.

Nous vous convions à écouter une conférence de Bruce Bégout intitulée: Suburbex: l’exploration suburbaine: errance et anonymat.

Le transhumanisme de Béatrice Jousset-Couturier

Le transhumanisme doit-il nous faire peur? Béatrice Jousset-Couturier dans son ouvrage pose différentes questions sur ce courant qui inquiète certains. La science et la technique progressent, mais les questions philosophiques restent toujours d’actualité. Ce livre préfacé par Luc Ferry vous éclairera sur le monde qui se profile où les machines prennent une place toujours plus importante.

La fin de vie de Jean-Michel Palmier

Dans Fragments sur la vie mutilée  édité en 1999 chez Sens et Tonka , Jean-Michel Palmier (dont j’ai suivi les cours) revient à l’essentiel de la vie. Atteint d’un cancer foudroyant, il nous lance dans ce livre un dernier appel de survie avec une tristesse de ton qui nous donne froid dans le dos. Cet homme qui était si passionné et ouvert à ses étudiants nous lance un dernier cri face à la mort et son absurdité. Je conserve un très bon souvenir de cet enseignant qui m’a fait découvrir l’École de Francfort. Sa soif de savoir était telle, qu’il est décédé en préparant son troisième doctorat.

« LES SECRETS DE FAMILLE DE L’UNIVERSITÉ » de Judith Lazar

Dans son ouvrage, la sociologue Judith Lazar nous décrit les fonctionnements internes de l’énorme machine qu’est l’université, en mettant au grand jour ce qu’une partie de la population ne perçoit pas rapidement au premier abord.

En effet, l’auteur nous montre qu’au sein de cette institution règne une multitude de conflits à l’image de ceux que l’on rencontre dans les autres strates de la société. Toutefois, ce que nous ne comprenons pas très bien, c’est pourquoi elle prend la peine de dénoncer les dysfonctionnements de cet univers. Car de nombreux étudiants de premier cycle assez clairvoyants sont déjà en mesure de comprendre ce qui se déroule dans un établissement universitaire, avant même d’avoir pour projet de devenir enseignant.

L’université étant composée d’individus inclus dans la société, il nous parait quelque peu naïf de penser que son fonctionnement diffère du social dans son ensemble. Cependant, ces propos ayant la coloration d’un règlement de compte ont néanmoins le mérite de montrer au lecteur que la science et les institutions qui la fabriquent sont loin d’être épargnées par les passions humaines.

Comme dans toute organisation, l’université est le siège de conflits divers et d’affrontements idéologiques. Et il est illusoire de penser que les enseignants ont à l’égard de leurs pairs une empathie sans fêlures.

Les difficultés rencontrées par la sociologue ne sont en rien un cas isolé. Avant même d’être confronté au CNU, des problèmes identiques se retrouvent lors de l’orientation des élèves et des étudiants, notamment lors de la délivrance des diplômes. Dans ce domaine, il n’existe pas d’objectivité totale, et les individus sont livrés au bon vouloir des enseignants. Car comment être objectif lorsqu’il s’agit « d’apprécier » par exemple le contenu d’une dissertation philosophique ? Nous savons très bien que selon les options philosophiques de la personne qui corrige les épreuves, le devoir sera noté avec de grandes fluctuations.

Le livre de Judith Lazar est donc représentatif d’une problématique que l’on retrouve dans toutes les organisations sociales, et pas seulement au sein de l’université et de l’école en général.

Cet ouvrage a au moins le mérite de faire prendre conscience aux étudiants que l’université n’est en rien, comme on le dit trop souvent, une tour d’ivoire coupée de la société ■

© Serge Muscat 2005.

« Vous reprendrez bien un peu de capitalisme? »

Voici un article de Karl Aberstoen dont la lecture est intéressante concernant notre société actuelle au capitalisme triomphant. D’un clic de souris, l’homme provoque une famine à l’autre bout du monde en jonglant avec la bourse. Époque des drones où l’on tue à distance.  Aussi nous posons-nous la question: « De quoi demain sera-t-il fait? » .