Excès de vitesse

Depuis les débuts de l’humanité, l’homme a sans cesse accru la vitesse de ses déplacements ainsi que de ses diverses activités. La durée de vie des produits qu’il fabrique est de plus en plus courte alors que s’accroit sans cesse le rythme des nouvelles créations techniques. D’une manière générale, cette progression de la vitesse a-t-elle une limite, et n’aboutit-elle pas, en fin de compte, à l’immobilité ? Par ailleurs, il n’est pas certain que l’opposition entre le nomadisme et la sédentarisation soit réelle, mais qu’elle est peut-être plus un effet de réel. (suite)

Le chat comme idéal

Après avoir longuement observé les humains ainsi que les chats et les chiens, j’en suis arrivé à cette conclusion qui va suivre.
Pourquoi y a-t-il tant de chiens parmi les animaux domestiques par rapport aux chats ? C’est que le chien est docile. Et la vanité humaine dit que cette docilité est de l’intelligence. Pourtant, il faut être le pire des crétins (si l’on peut parler ainsi des animaux) pour se laisser dresser par l’homme. Un chien qui lève la patte est la magnificence de la bêtise face à son maître dictateur.
La conclusion est féroce mais indéniable : les imbéciles et les tyrans ont toujours préféré les chiens aux chats. Car ces individus ne peuvent pas supporter « l’intelligence » du chat qui regarde un homme prononçant un « viens ici ! » avec un regard qui signifie à l’homme : pauvre idiot. C’est pour cela que dans sa rage, l’homme à chien voudra étrangler le chat, le noyer, le brûler ou lui administrer toutes les bassesses humaines.
C’est qu’un chat ne se « dresse » pas. Il n’y a pas là de rapport de maître à esclave. Le chat signifie à son « compagnon » : je suis l’égal de toi. Ce que ne supporte pas l’homme tyrannique habitué à ce que le chien vienne en courant lorsqu’il prononce « viens ici ! ».
Même sans énoncer les mille détails qui font que le chat et le chien ne sont pas du tout du même univers, bien qu’ils soient également des mammifères, il suffit de regarder simplement comment ces deux animaux satisfont leurs besoins naturels. Lorsqu’on observe la vulgarité d’un chien qui défèque par rapport à la discrétion et à la propreté d’un chat, on comprendra rapidement pourquoi tel individu préférera le chien au chat ou l’inverse.
Il me semble pour ma part que l’homme à chien n’est pas recommandable. Quant à l’homme à chat, écoutons Georges Bernard Shaw qui disait : « L’homme est civilisé dans la mesure où il comprend le chat ».

© Serge Muscat 2007.

Les toilettes pour seul refuge

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L’invention de l’écran plat est une catastrophe pour les écrivains nomades de notre époque qui ont bien souvent pour bureau les tables des cafés.
Il fut un temps où malgré le bruit des consommateurs, les écrivains trouvaient un endroit suffisamment calme dans les cafés. L’avènement de l’écran plat utilisé pour diffuser des programmes de télévision nourris par les vidéos de musique et les retransmissions sportives a fait basculer tout un univers.
Ainsi le café actuel se transforme-t-il, selon les horaires, en stade de football ou en palais des sports où hurlent des milliers d’individus admiratifs devant la dernière starlette à la mode qui donne un concert au profit des pauvres de notre société. Peu à peu les cafés sont recouverts par ces écrans plats qui « contrôlent » insidieusement les individus. Nous en sommes ici à la deuxième étape du monde décrit par Orwell dans 1984. Les écrans qui avaient déjà totalement envahi les foyers s’installent à présent dans tous les lieux publics. Ainsi se superpose d’une manière progressive à notre vision du réel la vision diffusée par ces écrans qui, devenant de plus en plus plats et de plus en plus grands ou petits, finissent par nous faire traverser l’existence comme en étant perpétuellement dans une salle obscure de cinéma où se déroulerait un film commercial. Les écrivains, de ce fait, fréquentent de moins en moins les cafés pour rédiger leurs brouillons par crainte d’être inconsciemment imbibés des derniers tubes à la mode.
Des considérations sur la désertion des cafés par les écrivains, nous glissons lentement vers les conceptions de Michel Foucault sur la société de contrôle, où informer les individus est une façon de les contrôler, jusqu’à l’aboutissement final de l’autocontrôle. L’information se transforme bien vite en injonctions. Ce qui fait que l’écrivain souhaitant fréquenter les cafés pour écrire, en tentant d’y trouver quelque inspiration, ne sera que l’objet d’un lavage de cerveau dont sa prose pâtira fâcheusement. Si les écrivains naturalistes utilisaient le monde qui les entourait pour composer leurs fictions, l’écrivain d’aujourd’hui à tendance à voir le monde par médias interposés, à partir desquels on diffuse des fictions que l’on qualifie de « réalités ».
Notre époque est celle de l’aveuglement, où l’œil n’est confronté qu’à l’obscurité. Et il en est de même pour l’écoute, où la surdité a peut-être atteint son apogée. Le vacarme généralisé de la musique commerciale envahissant tous les lieux correspond à un silence total où le décryptage devient difficile, voire impossible.
L’écrivain ne peut rester cloitré dans sa chambre pour rédiger les interminables pages de ses ouvrages. Quels lieux lui reste-il pour oxygéner son stylo autant que ses poumons ?
Notre société du spectacle a condamné les écrivains à fréquenter le dernier refuge que sont les toilettes. Triste sort pour ceux qui ont la charge de donner du sens à ce qui nous entoure. Et cela ne durera pas bien longtemps. Dans ces lieux aux odeurs douteuses viendra également s’immiscer les derniers tubes à la mode par le biais d’un haut-parleur accroché au plafond et d’un écran plat dans les WC.

copyright 2007, Serge Muscat.

Le film Matrix comme révélateur du XXIe siècle

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Ancient although the plays exist from Rome, we awaits since year butt sixty years the development of has ludocratic society. The invention of dated processing has, in this process, strongly contributed to the generalization of the play, until in work.

Since the game theories in psychology until the serious games, while passing by the plays of role, all becomes pretext to be played. We will see here that the inflation of the play edge become has dangerous phenomenon, while making roofing stone at the individual the contact with reality. After the realization of the Matrix film, we advance gradually towards has matricisation of the everyday life without taking guard with the dangers that that represents.

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Le film Matrix, dont l’audience fut importante, est représentatif de ce début de XXIe siècle caractérisé par le développement massif des ordinateurs et de la numérisation presque totale des équipements. On utilise par exemple de plus en plus des microprocesseurs dans les produits domestiques ou dans l’automobile.
Dans le film d’anticipation Matrix, notre stade actuel est largement dépassé puisque ce sont les ordinateurs qui ont pris le pouvoir sur l’homme en reléguant ce dernier au rang d’esclave. Nous laisserons de côté la problématique du religieux soulevée avec le protagoniste Néo qui se trouve être « l’élu » de l’espèce humaine, ramenant ainsi ce film d’anticipation aux vieilles problématiques du christianisme.
Ce qui nous intéresse ici est la crainte, voire la peur inconsidérée, que peut produire la technique chez une grande partie de la population. Nous remarquons qu’il y a toute une culture cinématographique américaine liée à un pessimisme à l’égard de la technique. De très nombreuses fictions dépeignent une société où les catastrophes sont causées par une technologie défaillante. Il y a chez l’homme une fascination tout autant qu’une crainte à l’endroit des machines. Et cette sensation culmine avec l’informatique, cette technique dont la complexité défie l’intelligence d’un seul homme. En effet, l’informatique marque les limites de l’intelligence humaine, car si l’homme sait fabriquer des machines qui fonctionnent parfaitement, la tentative est vaine en ce qui concerne les logiciels, dont le niveau de complexité est tel que le bug est inévitable. Aussi, si l’on souhaite faire évoluer les ordinateurs, il sera nécessaire au préalable de faire évoluer l’homme. Les évolutions de ces deux catégories de « machines » sont inextricablement liées. Car l’homme est, à l’heure actuelle, incapable de maîtriser une telle complexité à lui tout seul. Les millions de transistors s’ajoutent aux millions de transistors et les programmes atteignent des centaines de milliers de lignes de code. Il est intéressant de remarquer que le logiciel est le seul objet technique dont le fait de ne pas fonctionner parfaitement est considéré comme allant de soi, comme une chose normale. Il y a bien longtemps qu’on ne retourne plus les logiciels de Microsoft au service après-vente pour défaut de fabrication. Du reste, peu de gens ont osé le faire. Le bug est un élément intrinsèque à la création d’un logiciel. Sauf pour les programmes plus petits et très spécialisés comme dans l’avionique.
De ce fait, c’est du côté des sciences humaines et de la biologie que l’on se tournera de plus en plus. Pas d’évolution des ordinateurs sans évolution de l’homme et de sa compréhension. Le film Matrix nous montre, d’un certain point de vue, la défaillance humaine dans la maîtrise de la machine, puisque cette dernière réussit à prendre le contrôle sur l’homme. Technologie et sciences humaines sont donc indissociables. Si l’homme souhaite maîtriser la machine, il est nécessaire qu’il se maîtrise avant tout lui-même. Sinon la machine causera des catastrophes, comme cela s’est déjà déroulé avec les centrales nucléaires ou les navires pétroliers.
Les fameux dinosaures dont parle le gardien de la matrice en faisant référence aux humains lorsque Morpheus est tenu prisonnier signifie cela. Cela signifie que l’espèce humaine n’a pas su évoluer correctement dans la bonne direction, et que de ce fait, elle est devenue l’esclave des machines, comme le montrait Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes avec la taylorisation du travail.
Nous arrivons donc, en ce début de XXIe siècle, à un carrefour où plus que jamais se pose la problématique de l’humain, en nous apercevant que les machines ne résoudront pas tous les problèmes. Et c’est d’ailleurs aussi pour cela que la biologie est une science qui, à présent, est en première ligne, avec par exemple la génétique.
La fin du film Matrix situe bien dans quelle voie l’homme doit s’orienter lorsque Néo dit que l’homme deviendra ce qu’il choisira de devenir. Il ne reste plus aux informaticiens qu’à suivre des formations en biologie ●

© Serge Muscat – Août 2006.

Mutations et réajustements de la presse papier face à Internet

Depuis l’avènement d’Internet, le monde des média a été parcouru par de violentes secousses sismiques. La radio, la télévision et la presse papier ont dû revoir leurs stratégies de développement, en prenant en considération l’essor rapide d’Internet.
La presse quotidienne fut la plus touchée par le phénomène. Et cette crise gagne progressivement tous les pays développés où les journaux étaient auparavant tirés à un grand nombre d’exemplaires. Pour les pays en voie de développement, l’impact d’Internet a une importance moindre, étant donné que le maillage du réseau téléphonique est d’une faible densité, et que sur ces territoires la radio reste encore le média principal pour informer les populations.
Dans les pays développés, le déploiement d’Internet, succédant à la télévision traditionnelle disponible dans presque tous les foyers, fait chuter d’une manière considérable le nombre de lecteurs de la presse quotidienne.
En France, nous constatons cependant que s’il y a une forte baisse de la vente des quotidiens, il y a par contre une croissance appréciable des périodiques comme les hebdomadaires ou les mensuels.
L’information habituellement diffusée par le biais des quotidiens passe à présent sur le web. L’information rapide transite de plus en plus par Internet, tandis que l’information lente, qui nécessite une plus longue analyse et un certain recul, utilise les hebdomadaires, les mensuels ou les bimestriels pour informer les lecteurs.

L’arrivée d’Internet a donc complètement modifié la presse en prise avec l’actualité immédiate. Les capacités de réaction à un évènement sont beaucoup plus élevées avec Internet que ne peuvent le faire les quotidiens. C’est aussi pour cette raison que les journaux prennent un soin particulier pour mettre à jour leur site web.
D’autre part, il faut bien voir que le web permet la transmission de documents multimédia qui sont impossibles à diffuser sur un support papier. De ce fait, des quotidiens comme Le Figaro, Libération ou Le Monde opèrent progressivement une transition vers le web en pratiquant des abonnements payants. Et le nombre sans cesse croissant d’abonnés au haut débit ne fait qu’accélérer le processus.
Il est probable que dans les prochaines années, le papier servira de support à une information durable, collant moins à l’actualité au jour le jour. Par ailleurs, la presse papier n’est pas un bloc monolithique mais plutôt constituée d’une large variété de publications dont, pour certaines, le tirage augmente proportionnellement avec le déclin de la presse quotidienne.
Dans ce contexte, Internet aura permis une véritable mutation dans la presse et l’édition en général •

Repères bibliographiques:

– M. Balnaves, J. Donald, S. Hemelryk Donald, ATLAS DES MEDIAS DANS LE MONDE, Ed. Autrement, 2001 pour la traduction française.
– Jean-Marie CHARON, LA PRESSE QUOTIENNE, Ed. La Découverte, Paris, 2005.

 

 

© Serge muscat – avril 2007.

Critique de « Un homme dans la foule », de Elia Kazan (1957)

L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible.

(Paul Klee)

Le cinéma et la télévision ne sont que des outils. En tant qu’outils, nous pouvons faire avec eux ce que nous souhaitons. Ils sont comme le couteau qui tranche le pain et qui peut également tuer une personne.

Le cinéma et, plus tard, la télévision, ont été utilisés durant le XXe siècle à des fins de propagande durant les guerres et les révolutions. Cependant, le cinéma et la télévision peuvent tenter de faire leur autocritique comme c’est le cas pour le film intitulé Un homme dans la foule. Toutefois, le cinéma et la télévision ne peuvent être analysés que dans un contexte historique. Car l’on s’aperçoit rapidement que le cinéma des années 40 n’est pas le même que celui des années 2000.
Dans les débuts de ces deux média, les puissants de ce monde ont vu là un objet prodigieux permettant de manipuler les foules, comme avec l’exemple de la publicité montrée dans Un homme dans la foule. Néanmoins, au fil du temps, les média changent également de politique. Nous pouvons prendre pour illustration la loi qui a été votée pour supprimer la publicité sur les chaines publiques. Nous voyons par ceci que l’on ne peut aborder l’analyse d’un médium que d’une manière historique. Nous pourrions aussi prendre l’exemple de l’imprimé pour voir que ce médium a, au fil des époques, subi de profondes mutations quant à ses contenus.

Ce que montre Un homme dans la foule n’est pas tant la puissance du cinéma et de la télévision, mais plutôt une sorte de psychologie sociale qu’avait bien analysé Gustave Le Bon dans son ouvrage La psychologie des foules. Car ces foules, que cela soit par le biais du cinéma ou de la télévision, ont des réactions déraisonnables. Dans la foule l’émotion prime sur la raison. Il est également nécessaire de prendre en considération que le cinéma et la télévision, comme l’ont noté la plupart des psychologues, placent les individus dans un état hypnotique et de régression. L’image a cette capacité de s’adresser directement à l’inconscient en laissant poreuse la raison. Mais si le cinéma et la télévision ont cette puissance d’impact sur l’émotion des spectateurs, on pourrait penser que c’est en même temps une bonne chose en soi si l’objectif est de procéder à une critique de la société. Malheureusement, comme le dit Adorno dans La dialectique de la raison « aujourd’hui, le marché libre est en train de disparaître et la publicité sert de refuge à ceux qui organisent le système et le contrôlent. » C’est bien ceci qui est évoqué dans Un homme dans la foule, lorsqu’il s’agit de faire la publicité pour des pilules ou un homme politique. L’individu devient aliéné par la publicité qui fabrique dans l’esprit du futur consommateur de faux besoins. En cela l’industrie culturelle rejoint les thèses d’Adorno .Ce dernier était même un voyant sur ce qui allait se produire après son époque. Disneyland, le Parc Asterix, et la liste s’allonge sans cesse. L’industrie culturelle s’est transformée en industrie du divertissement et de la publicité.

D’autre part ce film montre le mythe du rêve américain où en trouvant un job quelconque, un individu peut gravir tous les échelons de la société. Un mythe bien vivant et tenace dont Bill Gates en est le dernier représentant. Cette société dépeinte est aussi celle décrite par Jean Baudrillard dans son ouvrage La société de consommation.

On pourrait rapprocher ce film déjà ancien du roman de Frédéric Beigbeder plus contemporain intitulé 99 Francs. On y retrouve des thèmes similaires concernant la publicité. Publicité qui, du reste, s’applique aussi à la politique devenue en quelque sorte pour les masses un spectacle. Nous rejoignons ici les thèses de Guy Debord et de la société spectaculaire. Toutefois, nous pensons que en aucun cas la culture ne peut être une marchandise comme les autres; ni même être tout simplement une marchandise. Dans le cas contraire, nous ne pourrions plus appeler cela culture. Peut-on parler de culture lorsqu’on parle de Disneyland? On parle de distraction, d’amusement, de détente, de tout ce que l’on voudra mais en aucun cas de culture comme l’entend Hannah Arendt dans son ouvrage intitulé La crise de la culture.

Pour conclure, nous dirons que le cinéma (ou la télévision) qui procède à son autocritique reste encore du cinéma. Et de ce point de vue le spectateur n’est pas dupe. Comme le pensaient les lettristes avec Isidor Isou, le cinéma n’a plus rien à dire sinon à s’autocélébrer. Il en est de même pour la télévision. De ce fait, le cinéma et la télévision sont des industries culturelles capitalistes qui entrent dans le jeu du spectacle de la marchandise tant dénoncée par Guy Debord

Copyright Serge Muscat, novembre 2009.