Je pense

Je pense. Je pense plus que je n’ai jamais pensé. Penser. Une drôle d’activité humaine. Il paraît qu’il n’y a que les hommes qui pensent. Les animaux ne pensent pas. Voilà une pensée bien drôle que de penser que les animaux ne pensent pas. Et si tout sur cette planète pensait. Les animaux, les hommes, les plantes, et toute cette matière qu’on nous dit inerte. Et si tout était.

Plus l’on avance dans l’existence et plus l’on pense. Le futur se bouche comme une vieille tuyauterie. Plus rien ne fonctionne. Tout se bouche, tout fuit, tout explose. Se dire que le futur c’est pour les autres, pour ceux à venir, pour ceux dont l’après-midi dure des jours.

Cette vie brûlée comme une mèche de pétard. Se croire immortel relèverait de la folie. Je pense avec la précision du chirurgien que je vais mourir. Et la longue chaîne des pensées tourne sans cesse. Ça tourne comme une toupie, comme une soucoupe volante irréelle.

Triste sort de la condition humaine que d’être condamné à penser. La pure présence au monde ne se produit que dans l’enfance et dans l’amour profond. Aller à l’essentiel ; faire le vide en soi. Être perdu dans une ville du monde, ne plus savoir que faire, se dire que tout est absurde. Prendre la main de sa compagne et se dire qu’elle vous comprend. Je vais mourir et elle aussi. Partout des morts, c’est effrayant. Ce temps qui passe et détruit tout, pour ne laisser que des paysages désertiques où la vie n’est plus présente.

© Serge Muscat