Michel Houellebecq et l’insoutenable vérité

« La vérité est scandaleuse. Mais, sans elle, il n’y a rien qui vaille. »

Depuis le grand succès de Michel Houellebecq en librairie, nombre de journalistes ont pris la parole sur les écrits de l’auteur que beaucoup de puritains, surtout avec Les particules élémentaires, ont trouvé scandaleux. Déjà, à une autre époque, les journalistes avaient eu une réaction quelque peu similaire lorsque Henri Miller avait publié ses premiers romans.

Si le sexe a sa place dans les livres de Michel Houellebecq, nous sommes cependant bien loin de n’y trouver que cette composante. L’auteur élabore avant tout une radiographie de la société de consommation et de ses absurdités. Il montre, par exemple, avec un réalisme cru l’incohérence de l’économie mondialisée où les individus s’achètent comme de simples marchandises.

Dans le recueil intitulé Rester vivant, le texte « Prise de contrôle sur Numéris » montre ce qu’engendre le souci d’efficacité maximum tant prôné par les entreprises et qui amène les personnes à se décrire par une suite de chiffres identique aux numéros d’immatriculation de la sécurité sociale. Taille du sexe, tour de poitrine, nous sommes conviés à constater que l’homme ne s’encombre plus de flous artistiques et qu’une taille de pénis est plus efficace d’un point de vue informationnel qu’un alexandrin.

Le commerce de l’information est si développé que même les illettrés pensent avoir plus de facilité pour communiquer. Ce qui donne pour résultat, comme l’écrit Houellebecq : « JF BI RECOINT NOW H COURTOIS POUR TRIO CHAUD SS TABOUS ».

L’auteur met ainsi l’accent sur le fait que dans notre société où les avions vont de plus en plus vite et où les informations se transmettent à la vitesse de la lumière, nous communiquons encore plus mal qu’avant les inventions du XXe siècle. Les réseaux informatiques ne font que transmettre une langue hachée et les avions ne font qu’emmener les gens dans des parcs à touristes. Ainsi, ces derniers dépeints dans Plateforme recherchent-ils le dépaysement sans toutefois trop se mêler à la population locale. Ce mécanisme est typique de la civilisation du tourisme en général.

Si l’on a pu parler de Cioran comme étant un « professionnel du désespoir », nous ne pouvons pas dire que Michel Houellebecq soit plus optimiste. Cependant, c’est pourtant bien dans cette réalité décrite au fil des pages que nous vivons.

Malgré ce souci de dire la vérité, l’auteur est, comble de l’ironie, victime de son succès. Lui qui, comme c’est écrit sur la quatrième de couverture de Rester vivant, jette « un regard féroce sur tous les aspects de la modernité », devient à son tour piégé dans les rouages de cette modernité. L’écrivain aura du mal à résister aux mailles de la société de consommation, aux éditeurs et aux producteurs de cinéma qui finiront par le mettre en contradiction avec lui-même.

Copyright 2004 Serge Muscat

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