Tant que les hommes auront besoin de sommeil, ils liront des livres avant de s’endormir

Pour pouvoir lire un livre, il faut ne pas penser à la mort. Lire un livre, c’est se croire, l’espace d’un instant, immortel. Aussi est-ce pour cela que nous dévorons les livres durant notre adolescence. C’est la période magique où demain nous semble très loin. Alors on lit avec avidité ces rectangles de papier écrits par des hommes qui semblent avoir fait des découvertes fabuleuses. La période d’intense émerveillement est un temps que l’on n’oublie pas. Et tout adulte qui lit un livre retrouve ce regard d’adolescent où tout paraît nouveau. Sans cette permanence de l’enfance et de l’adolescence, il est difficile de lire un livre lorsqu’on est un homme d’âge mûr. Car sans étonnement, la vie devient intenable. Et même dans les lectures les plus sulfureuses, nous conservons l’espoir de l’enfance. Nous pardonnons l’auteur pour ses égarements et nous continuons notre lecture. Puis en prenant de l’âge, nous lisons de moins en moins de livres. Nous perdons la capacité à s’émerveiller en prenant conscience que nous sommes mortels. Les personnes âgées lisent peu de livres tellement elles sont préoccupées par la finitude. Dans ce cas elles écrivent. Le souci de laisser une trace de ce qu’elles ont pu voir prend le dessus sur la lecture.

Que l’on soit lecteur ou écrivain, un même espoir anime l’homme : pouvoir comprendre son utilité durant cette brève période qu’est la durée d’une vie. Car l’existence est un livre depuis l’aube de l’humanité, depuis les mains peintes sur les murs des grottes. C’est un peu une manière de dire : je témoigne de mon passage sur cette terre.

Je ne sais pas quel livre je lirai lorsque je saurai que ma fin est proche. Peut-être serai-je surpris par la mort en ayant lu la veille un livre qui me parlait d’immortalité. Mais après tout, les livres sont faits pour rêver…


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