Les bruits dans la tuyauterie

Et il y a toujours ces bruits dans la tuyauterie. Le bruit de ces lavages, de ces rinçages, de ces savonnettes trop glissantes, de la lessive qui ravive les couleurs. Un Lavomatic à chaque coin de rue, la cité est bien gardée de sa souillure.

Toujours que la ville soit plus propre; comme pour laver notre conscience de nos actes-excréments. La tuyauterie toujours plus et partout. Le vide-ordures est bouché et voilà que c’est la révolution au bas de l’immeuble. Cacophonie technologique, où plus personne ne comprend rien à rien de ce qui est fabriqué. Tout devient sans fil et sans âme, mais il reste toujours ces millions de kilomètres de tuyauterie.

Lorsqu’une personne tire la chasse d’eau, nous assistons à un déshabillage sonore. De la tuyauterie aux tripes, tout finit dans le tout-à-l’égout. Et les usines qui sans fin déploient une pelote de tuyaux dont le profane se demande à quoi tout cela peut bien servir. Même dans le siècle prochain où règnera peut-être l’holographie, il restera toujours et encore plus de tuyaux qui ne pourront plus être gérés que par des ordinateurs, étant donné le nombre de plans en papier que cela nécessiterait.

Son grand frère, le tunnel, n’est pas en reste. Le monde est rongé par le trépan. Ça perfore et ça perfore encore. Dans ces tunnels? Des tuyaux. L’un n’allant pas sans l’autre. Des tuyaux d’arrivée d’air, des tuyaux d’eau potable, des tuyaux d’évacuation des eaux usées… Tout finit toujours par un tuyau. Jusqu’à la fin, sur le lit d’hôpital, l’individu est encore empêtré de tuyaux dont il ne sait quelle est leur utilité. Tuyaux dans la bouche, dans les narines, tuyaux dans les veines… Entuyauté de partout pour partir vers le néant, dans un cercueil qui roulera dans le dernier tunnel d’incinération.

© Serge Muscat – septembre 2009

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