Le goût de l’ancien

Le goût du vieux chez autrui m’a toujours paru incompréhensible. Il y a un certain snobisme éculé à parler de l’ancien ; comme si l’ancien était un paradis perdu que nous ne pourrions retrouver. Les meubles louis XV ne sont esthétiquement pas plus beaux que les meubles d’un designer français du XXIe, pour n’en citer aucun.
Ce tic bourgeois qui consiste à ne jamais vivre avec son époque, à écouter de la musique datant de trois siècles, de se meubler avec deux siècles de retard et de regarder des films des années 60 m’a toujours exaspéré. C’est insinuer que le présent est médiocre et que nous vivons une époque décadente. Le présent est vécu comme une vieillesse stérile qui n’engendre rien. Ceux qui pensent cela sont déjà vieux avant d’avoir vécu. Si philosopher est apprendre à mourir, cela ne veux nullement dire qu’il faille mourir prématurément. Et c’est pourtant ce à quoi procède le culte de l’ancien. Le culte de l’ancien nie la vie présente, comme ces professeurs dont le discours ne laisse transparaître aucun élément de la vie contemporaine. Comme si leur parole émanait de nulle-part, d’un lointain passé n’interférant pas avec le présent, ce passé que Nietzsche critique avec virulence. Si les solutions se trouvaient dans le passé, nous n’aurions pas besoin d’ausculter le présent pour progresser. Nous avons tellement cherché à creuser ce passé, qu’il nous reste à présent derrière nous de gigantesques chantiers où ne règnent que le désordre et le chaos.
Croire qu’il existe un âge d’or du passé est un leurre total. L’histoire fonctionne par retours en arrière ; et il se peut bien que notre présent actuel soit considéré dans un siècle comme étant un âge d’or. C’est la fascination pour le passé qui nous pousse à marcher à reculons. En même temps que nous sommes tiraillés par le futur. Et l’homme est écartelé entre ces deux tendances. Ce qui fait qu’il conserve toujours une part d’anachronismes ∎

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