La dilatation du temps

Durant notre vie, nous passons d’un pur présent, avec un accès au passé et au futur extrêmement limité, à une modulation progressive du temps sur une échelle toujours plus vaste. Lorsqu’on est enfant, les dinosaures semblent faire partie du présent et le futur nous paraît inaccessible et magique. Puis, peu à peu, nous accédons à la notion de passé en dépassant le cadre de notre propre existence. Quant au futur, il commence à prendre de la consistance et nous disons : « Quand je serai grand je veux être voyageur ». La durée du futur se précise au fur et à mesure que nous grandissons. Certains d’entre nous auront un penchant pour le passé alors que d’autres auront plutôt l’esprit orienté vers le futur. Et dans tous les cas, la perception de notre finitude commence à se faire jour en voyant autour de nous les gens mourir. C’est à partir du moment où nos proches décèdent que nous acquérons avec acuité la notion de temps. Des journées infiniment longues de l’enfance, nous passons à la sensation que notre vie se rétracte comme on froisse en boule une feuille de papier.

Les journées deviennent de plus en plus courtes et les mois passent comme un bolide lancé sur un circuit de compétition. Qu’importe les aiguilles de notre montre qui battent imperturbablement la cadence des secondes et des minutes, nous perdons inexorablement la notion du temps et tout s’accélère à la vitesse de la lumière. Les médias nous annoncent sans cesse des disparitions d’hommes et de femmes et le futur se télescope au fond d’un verre de bière que nous buvons en croyant ainsi arrêter les horloges atomiques.

Puis la nuit tombe et nous allons nous coucher avec l’espoir incertain que demain la journée sera plus longue tout en retrouvant au réveil l’émerveillement du regard de l’enfance

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