Saut à l’élastique dans le vide contemporain

Depuis les années 80, nous avons entamé une période où le culte du corps et de l’individualisme n’a cessé de se développer. La musique disco où chacun dansait  seul, sans être avec une partenaire fut le signe précurseur d’une montée en puissance d’un individualisme exacerbé. Dans un contexte de crise économique, cette dernière reporte ses méfaits sur l’individu qui se lance dans une compétition effrénée (le « tous contre tous ») pour ne pas faire partie des laissés-pour-compte. L’hypertrophie sur Surmoi qui incite à vouloir devenir un gagnant cause de grandes souffrances chez les personnes, en regard de leur vie quotidienne empreinte d’une certaine monotonie tout autant que de stress professionnel lié aux méthodes de management actuelles qui sollicitent toujours plus de rendement de la part des salariés.

Parallèlement à ce stress généralisé se développe une quête vers le bien-être qui n’est en fait qu’une illusion en produisant encore plus de fatigue, étant donné que les travailleurs font un nombre croissant d’heures de travail. Ce système bouclé aboutit en fin de course à la dépression nerveuse et à la consommation de médicaments comme les anxiolytiques ou les antidépresseurs.

En 2009 on recense en France un suicide par jour au travail. C’est dire le désarroi et le stress que ressentent les salariés dans l’entreprise. Le personnel n’a même plus le temps de se divertir, la seule préoccupation étant de dormir pour récupérer de la fatigue. Dans ce cas travailler plus pour gagner plus ne sert strictement à rien sinon à s’user la santé et, de plus, sans relancer la consommation par faute de temps libre.

D’autre part l’individualisme où chacun désire se démarquer des autres produit un isolement de plus en plus important où l’on ne trouve plus de thème commun qui rassemble les personnes pour une vie sociale productrice de réel bien-être. Face à ce phénomène, certains mouvements prennent naissance en voulant renouer avec une vie sociale à taille humaine tout en réduisant les hiérarchies autoritaires.

Cependant, avec la médiatisation à outrance d’un star-system qui s’applique à tous les champs du social (arts, sport, politique…), cela incite plutôt à la compétition qu’à la solidarité. De plus la perte de conscience de classe aboutit à une jungle féroce où chaque collègue se transforme en ennemi potentiel. Il règne de ce fait une atmosphère de suspicion malsaine et génératrice parfois de certaines pathologies. Et les médecins généralistes et les psychiatres ne peuvent rien faire pour soigner les causes du malaise social. Ils ne peuvent que placer des pansements provisoires qui ne résoudront pas les vraies causes des problèmes.

Cette perte des liens sociaux avec des relations saines engendre une dissolution du sens de l’existence. Lorsque autour de l’individu tout devient hostile, le repli sur soi est bien souvent la seule solution pour ne pas générer trop d’anxiété. De là la civilisation de l’homme seul devant son téléviseur à regarder des images que l’on nomme parfois un peu trop vite réalités. La signification de l’existence vole alors en éclats pour se perdre dans un kaléidoscope d’images et de propos issus du journalisme people diffusé en masse. Le contraste entre la vie rêvée des stars et la platitude de la vie quotidienne produit des effets dépressifs où sombrent les plus fragiles. C’est là que se forme le grand vide que les utopies positives n’arrivent plus à combler, comme celles qui émergèrent dans les années 70.

Nous arrivons à un point mort idéologique où plus personne ne croit en rien, et surtout pas à changer de société. Le vide s’est installé comme une fatalité pour laquelle il n’y a aucun remède. L’individualisme a tout balayé sur son passage. Le malaise dans la civilisation n’a jamais été aussi présent que de nos jours. Un monde nouveau doit naître mais il n’arrive pas à sortir la tête, empêtré qu’il est dans un individualisme exacerbé. Les solidarités ne fonctionnent plus. Les syndicats sont désertés, les partis politiques n’ont plus d’adhérents, bref, c’est le chacun pour soi généralisé. Le social s’effrite comme une boule de terre séchée.

On se demande jusqu’où ira cette quête vers un narcissisme sans cesse croissant. Plus rien ne rassemble les individus, si ce n’est la consommation de produits ayant une durée d’utilisation de plus en plus courte. Le XXIe siècle ne pourra se dérouler comme le siècle précédent. Un grand virage doit s’amorcer. Et c’est tous ensemble que nous devons y participer

(Juillet 2009)

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