Un vendredi soir sans commentaires.

Un vendredi soir sanglant. Ça devient très inquiétant. Quand la religion devient barbarie on peut s’attendre au pire. Je suis athée. A la croyance en Dieu je préfère croire au potentiel humain.

La disparition de l’écriture manuscrite ou la folie de l’ordinateur portable

(Version PDF)

(English version)

 

 

L’écriture date de plusieurs milliers d’années et remonte aux temps les plus lointains de l’histoire de l’humanité. Elle fut un facteur fondamental dans l’évolution des sociétés. Sans l’écriture, l’homme n’aurait pas pu évoluer comme il l’a fait jusqu’à aujourd’hui.
Outil de conservation des connaissances, l’écriture permet la transmission des savoirs au fil des générations successives. Apprendre à écrire, surtout dans notre société actuelle, est aussi important que de savoir parler notre langue maternelle, et accessoirement de connaître des langues étrangères. Or, depuis l’avènement de l’informatique, l’écriture manuscrite a pris une moindre importance au profit de l’écriture sur clavier, que cela soit sur un ordinateur portable ou fixe ou sur un smartphone.
Lorsque de nos jours vous assistez à un cours en amphithéâtre, vous constatez que plus de la moitié des étudiants prennent des notes à l’aide d’un ordinateur portable, et que de plus l’enseignant n’écrit pas sur un tableau mais présente des diaporamas très souvent réalisés avec Powerpoint.
Cette constatation nous amène à nous poser de nombreuses questions quant au devenir de l’écriture manuscrite. Apprise à l’école primaire, l’écriture manuscrite fait partie des apprentissages fondamentaux que tout écolier doit connaître. Et pourtant certains responsables de l’Éducation Nationale parlent d’introduire les tablettes et les ordinateurs à l’école primaire. Que deviendrait cette école si dès le plus jeune âge on apprend aux enfants à écrire à l’aide d’un ordinateur plutôt que de leur faire prendre des notes en écrivant sur des cahiers ?
On voit ici très rapidement apparaître les paradoxes que fait naître l’informatique et son utilisation abusive. Un enfant qui apprendrait à écrire sur un ordinateur ne serait plus capable d’écrire une simple phrase sur un bout de papier.
La situation peut sembler caricaturale et pourtant la plupart des étudiants actuels prennent des notes dans les cours en se servant d’un ordinateur portable, avec toutes les contraintes que cela comporte. La numérisation de la société a abouti à des excès dont on ne prend pas réellement conscience. Le courrier postal est en chute libre au profit de la communication par courrier électronique. Presque plus personne ne tient une correspondance par la voie du courrier postal. Nous en sommes arrivés à une aberration qui ne semble pas fléchir. Si cela continue, la fabrication d’ordinateurs portables va devenir la plus grande industrie parmi tous les secteurs de la production, et nous serons tous condamnés à utiliser ces ordinateurs pour la moindre tâche quotidienne.
En anticipant un peu les choses, un individu sans ordinateur reviendrait à l’âge préhistorique où n’existait pas l’écriture.
Nous nous dirigeons sans y prendre garde vers un point de catastrophe où toute la société informatisée va s’écrouler comme un château de sable sous l’effet d’une vague violente. Notre dépendance à l’égard de l’informatique va devenir telle, que la moindre panne d’électricité sera quasiment mortelle pour une très grande partie de la population.
Mais il n’y a pas qu’une panne d’électricité qui peut avoir de fâcheuses conséquences pour les individus. Il va se produire un autre paradoxe qui est que posséder un ordinateur sera plus important que de se nourrir. Déjà, on ne peut plus trouver un emploi sans utiliser un ordinateur. C’est dire jusqu’à quel point de dépendance nous en sommes arrivés. Ainsi une personne sans ordinateur est systématiquement exclue du marché du travail. L’informatique, de ce fait, fabrique de l’exclusion plus qu’elle ne libère les hommes.
Par ailleurs, dans un avenir proche, savoir écrire sur une feuille de papier ne sera plus d’aucune utilité si l’on ne possède pas un ordinateur. En cela, comme l’écrivait Edgar Morin, « nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe. »

© Serge Muscat – novembre 2015.

Publié dans la revue Infusion, novembre 2015 et la revue Chemin faisant, novembre 2015.

Liens sur le même sujet.

Le numérique: entre aliénation et émancipation. Conférence de 30 minutes qui questionne les usages et les abus d’Internet.

La baguette magique du « tout-connecté ». Conférence de 30 minutes sur les illusions et les potentialités du big data.

La vie est un rêve

De partout les hommes nous parlent de réalité. J’ai tant entendu ce mot que j’ai fini par y croire parfois. Pourtant, je sais bien que la réalité n’existe pas, qu’elle est fugace et insaisissable. Vouloir croire en une quelconque réalité c’est encore et encore se bercer d’illusions. Si la réalité existait, depuis que l’humanité existe nous aurions fini par la trouver. Comment percevoir le réel alors que nous sommes nous-mêmes producteurs de cette réalité ? Le principe de réalité dont parle Freud est une illusion de plus sur le grand tableau des chimères. Chacun porte en soi une réalité qui est la seule à exister. Toute production matérielle est la projection d’une réalité individuelle. La nature nous a fait imparfaits et incapables de voir le réel. Et pourtant l’on tue au nom de ce réel qui existerait. L’école est faite pour nous apprendre une réalité que l’on imposera ensuite à des gens dans le monde du travail. Toutes les violences sont faites au nom de la réalité. C’est au nom du réel que les hommes se font la guerre. C’est à cause d’une certaine réalité que des hommes meurent de faim et de soif. C’est à cause d’une certaine réalité que des gens vivent dans la rue. Le principe de réalité énoncé par Freud est avant tout une réalité bourgeoise qui fait que des hommes sont dominés par d’autres hommes. Et cette réalité n’a rien d’universel.
Ce n’est pas uniquement le réel qui change, mais également nous-mêmes. Le réel s’évanouit selon l’heure de la journée, selon où nous en sommes dans notre vie, selon le lieu où l’on se trouve et dépend de mille autres facteurs qui font que nous ne percevons jamais la réalité.
La réalité n’est-elle pas celle de l’artiste qui propose une vision de ce que nous ne voyons pas toujours ? La réalité c’est aussi celle du poète qui nous fait vivre des sensations personnelles qui sont le propre de chaque homme. Dans l’impossibilité de tout vivre, nous sommes amputés du réel. La réalité est toujours en devenir, jamais atteinte ; elle fuit comme la ligne d’horizon. Les professionnels de la réalité envahissent les médias en nous disant sur un ton péremptoire ce qu’il en est exactement de la réalité du monde. Le réel est caché, masqué sous un vernis de fausse objectivité. Il n’y a que des points de vue, des angles d’approche, des discours personnels qui n’ont aucune valeur de vérité. Le réel c’est chacun de nous, pourrait-on dire. On ne perçoit la réalité qu’à partir de schémas théoriques et d’expériences antérieures. Or chaque expérience est unique, et de ce fait il n’y a pas de réalité universelle.

La saleté

Les maniaques voient de la saleté partout. Est-ce une réalité ? Est-ce une illusion ? La poussière est ce qu’il y a de plus répandu sur la planète. Tout n’est en fait que poussières. Et il est bien difficile de dire s’il y en a de trop sur une quelconque surface.
Le nettoyage est l’art de ceux qui n’ont rien à faire dans la vie. Enlever la poussière occupe pleinement leur temps libre et donne une sorte de sens à leur vie. Faire le ménage peut devenir une activité passionnante pour qui est habité par le rien. Un coup d’éponge par-ci, un peu de javel sur le lavabo et le monde devient beau…
Le ménage est caractéristique de la société occidentale dans laquelle tout doit briller. C’est ce scintillement qui donne à la vie une signification possible. Les paillettes ont encore beaucoup d’avenir dans notre monde d’écrans. Les reflets d’une vérité factice transitent sur les réseaux de la planète et imbibent les cerveaux mous qui attendent une perpétuelle nouveauté. « Il faut que ça brille ! » Tel est le leitmotiv de notre univers propre et pelliculé.
La saleté n’a pas sa place dans une société dans laquelle tout est aseptisé et où le bonheur est vendu sous cellophane. Le progrès fait partout régner la couleur blanche, et le monde ressemblera bientôt à une salle d’hôpital qui finira par tous nous accueillir…

Le monde clignote

Notre univers est celui de l’interpellation. De partout ça clignote. La marchandise nous laisse sans repos. De toutes ces choses à acheter, nous hésitons entre le bleu et le rouge. Que choisir dans cette profusion du toujours plus ? Ça gonfle, ça enfle, ça grossit, ça déborde comme un évier bouché par la saleté, par cette pourriture qui envahit la planète. Et ça clignote de plus en plus, nous intimant de regarder à droite, à gauche, sur les écrans où s’agitent des hommes et des femmes dont la raison d’exister reste un perpétuel questionnement.
La science progresse nous dit-on. Oui, les machins sont de plus en plus machinés, et ça bricole dans le gadget toujours plus sophistiqué. Les lumières sont là pour nous dire que nous avançons. L’homme s’arrache à la Terre après avoir rampé et mordu la poussière. Quelques uns rampent encore en invoquant un quelconque Dieu qui détiendrait le savoir suprême. Mais dans l’ensemble ça évolue. Nous arrivons à faire de petites prédictions météorologiques sur quelques jours, ce qui n’est déjà pas si mal.
Villes de lumières, les mégawatts sont produits en surabondance. Paradis de l’électronique où tout se déclenche par effleurement sur un écran de téléphone. Monde de l’ubiquité où l’on est partout et nulle part à la fois. Fluidité et communications ininterrompues sur la toile qui devient toujours plus complexe. Ça parle de tout, de rien, dans la solitude familiale. Les enfants font leur première crotte bien dure et tout le monde est content. Car les enfants ça chie en plus de faire des sourires. Et ça vous reproche ensuite d’être venus au monde.
L’électrostatique et le magnétique ont pris le dessus sur la roue posée au sol. Désormais tout se déplacera sans contact, dans une virtualité sans limites. Montagnes, forêts, déserts et même la mer seront franchis sans aucune résistance. Mondialisation parfaite où l’architecture sera identique sur tous les points de la planète. Villes-monde jusqu’à faire une seule et même ville. Les arbres pousseront-ils encore dans ce nouveau décor ? Nos ordinateurs restent incapables de prévoir l’avenir au-delà de quelques jours. Quant aux humains ils ne voient pas plus loin que le mois prochain. Le bonheur sera obligatoire et l’on aura un permis de bonheur à points. Qui ne sera pas heureux ira dans un camp de rééducation au bonheur tenu par des psychiatres diplômés et assermentés. C’est qu’on ne plaisante pas avec le progrès. Tout est étudié avec minutie, jusqu’au moindre détail.
Les objets connectés envahissent notre plus banal quotidien. Ça clignote sans cesse dans les usines à recycler la matière. L’antique espèce ouvrière a été remplacée par des ingénieurs, tant la complexité de notre monde a progressé. L’ouvrier est devenu inutile. Il reste parmi les populations minoritaires de la société, habitant les lointaines banlieues où ne sont rassemblés que des immigrés. Ça clignote aussi dans les bas-fonds de la misère. La bourgeoisie a triomphé. C’était une évidence sans le moindre doute possible.

Ça clignote aussi parfois dans le ciel. Des étranges couleurs nous font signe sans que l’on sache très bien ce que c’est. Les uns appellent cela OVNIS, d’autres appellent cela phénomènes météorologiques.
Il arrivera un moment où la Terre sera saturée de clignotements. Il sera alors pour nous l’heure de partir ▪

© Serge Muscat – Juillet 2015.

Le selfie comme réaction au vide contemporain

(English)

Depuis l’avènement de la photographie numérique, rien n’est plus simple que de faire des images. Avec un simple téléphone portable s’ouvre l’univers de la prise de vue. Et dans ce foisonnement photographique est apparu le « selfie ».
Le selfie (ou autoportrait réalisé à partir d’un appareil photo) est le symptôme d’une époque où tout le monde devient star (en écho aux émissions de télévision où l’anonyme devient une star amateur) et où règne un vide caractéristique de ce début de XXIe siècle. Déjà Gilles Lipovetsky en parlait dans les années 80 avec son ouvrage L’Ère du vide où il remarquait que la société post-moderne est caractérisée « par un désinvestissement de la sphère publique » et par un hédonisme dont Michel Onfray se fait le porte-parole.
Dans cet amour de soi inconsidéré a fleuri sur les réseaux sociaux le selfie que presque tout le monde pratique, jusqu’aux plus hautes sphères de la société. Le selfie comme néo-individualisme représentant une perte presque totale du sens du social, dans une concurrence entre les individus toujours plus exacerbée. S’afficher sur Facebook à l’aide d’un selfie est devenu une activité à laquelle participent des millions de personnes. Si Freud était de notre époque, il regarderait avec perplexité cette masse d’individus qui se comportent comme des Narcisse à la puissance X.
Le selfie est l’image renvoyée par un miroir techno-scientifique révélant une hypertrophie du Moi. Se profile alors un monde où les individus deviennent irresponsables et où tout acte devient un jeu. Le selfie s’incorpore parfaitement dans la suite interminable des « jeux concours » où les heureux gagnants obtiennent très souvent un séjour dans un lieu isolé, comme par exemple une île, symbole d’un narcissisme antisocial.
D’autre part la pratique intensive du selfie serait pour leurs auteurs une manière de se rassurer face à l’éclatement des liens sociaux dans notre société de compétition. De plus, des chercheurs ont mis en évidence la relation entre la sexualité et la production d’images de soi. Plus la sexualité d’un individu serait faible, et plus il mettrait des « égoportraits » sur les réseaux sociaux. Le selfie est donc le révélateur d’une crise contemporaine entre les sexes, où l’on passe plus de temps à mettre des photos en ligne qu’à s’adonner à des jeux érotiques.
Combien de temps durera cette « mode » sur les réseaux sociaux ? Il est impossible de le dire avec précision. Nous pensons cependant que le selfie est encore promis à un bel avenir ■

© Serge Muscat – Juillet 2015.

Armes et bijoux, outils et signes

Nous vous proposons ici un extrait d’un cours de Gilles Deleuze donné à l’université Paris 8 et repris par France Culture intitulé: Armes et bijoux, outils et signes. Nous vous souhaitons une bonne écoute.

Le goût de l’ancien

Le goût du vieux chez autrui m’a toujours paru incompréhensible. Il y a un certain snobisme éculé à parler de l’ancien ; comme si l’ancien était un paradis perdu que nous ne pourrions retrouver. Les meubles louis XV ne sont esthétiquement pas plus beaux que les meubles d’un designer français du XXIe, pour n’en citer aucun.
Ce tic bourgeois qui consiste à ne jamais vivre avec son époque, à écouter de la musique datant de trois siècles, de se meubler avec deux siècles de retard et de regarder des films des années 60 m’a toujours exaspéré. C’est insinuer que le présent est médiocre et que nous vivons une époque décadente. Le présent est vécu comme une vieillesse stérile qui n’engendre rien. Ceux qui pensent cela sont déjà vieux avant d’avoir vécu. Si philosopher est apprendre à mourir, cela ne veux nullement dire qu’il faille mourir prématurément. Et c’est pourtant ce à quoi procède le culte de l’ancien. Le culte de l’ancien nie la vie présente, comme ces professeurs dont le discours ne laisse transparaître aucun élément de la vie contemporaine. Comme si leur parole émanait de nulle-part, d’un lointain passé n’interférant pas avec le présent, ce passé que Nietzsche critique avec virulence. Si les solutions se trouvaient dans le passé, nous n’aurions pas besoin d’ausculter le présent pour progresser. Nous avons tellement cherché à creuser ce passé, qu’il nous reste à présent derrière nous de gigantesques chantiers où ne règnent que le désordre et le chaos.
Croire qu’il existe un âge d’or du passé est un leurre total. L’histoire fonctionne par retours en arrière ; et il se peut bien que notre présent actuel soit considéré dans un siècle comme étant un âge d’or. C’est la fascination pour le passé qui nous pousse à marcher à reculons. En même temps que nous sommes tiraillés par le futur. Et l’homme est écartelé entre ces deux tendances. Ce qui fait qu’il conserve toujours une part d’anachronismes ∎

RMLL 2015

Cette année les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre se dérouleront à Beauvais. A l’heure où le capitalisme se déchaîne pour aliéner toujours plus les individus, il est important de maîtriser totalement les outils de communication afin de pouvoir contrer l’idéologie libérale. Ces outils de communication passant par l’informatique, il est urgent de contrer le logiciel propriétaire par le développement du logiciel libre. La totalité des systèmes d’exploitation propriétaires contiennent des malwares pour nous espionner en permanence. Seul GNU/Linux est exempte de ces malwares. Le problème est que la majorité de la population n’en prend pas conscience et qu’elle se fait avoir par les publicités tapageuses de Microsoft, de Google ou autres producteurs de logiciels qui ne sont pas libres. La surveillance de toutes nos pratiques avec l’outil informatique est une menace pour nos libertés. Pour réagir à cela, la seule solution est de répandre des logiciels qui soient totalement libres afin d’obtenir une transparence intégrale sur ce que font nos ordinateurs.

Comme les autres années, ces RMLL 2015 sont l’occasion de prendre connaissance de ce qui se fait dans le monde du Libre.

Contre-plongée sur « L’âge d’homme », de Michel Leiris.

Avec l’âge d’homme, nous sommes confrontés à une sorte d’écriture morale architecturée sur les fondations de l’autoportrait, ce genre paraissant être le lieu de prédilection de Leiris. Autoportrait que l’on pourrait qualifier d’incisif par les traits réalistes que l’on y trouve. Mais peut-être devrais-je parler seulement « d’effets de réél » plutôt que de traits réalistes. Car en littérature, il ne peut y avoir que des effets de réel pour tenter d’approcher cette réalité dont nous parle Michel Leiris dans la préface de son ouvrage. (suite)

Tour centrale

jussieu

It’s not straight

(French version)

Every day it tilts a little more. It’s been tilted since before my birth. It’s true that the Earth is round, and eventually we’re going to end up slipping. But even so. It’s tilting more than usual.

The junkie shooting himself up, him, he’s lying down. In front of him : the television, on the screen of which we see a man standing up straight. Always stand up straight; even as we stumble; this is something we must understand very early…

I am neither the man on the screen, nor the junkie in front of it. And yet I feel that it is tilting, that it’s all going to end up tipping over, like you’d tip out a box of toys to display them on the floor. It can’t last forever, all this logic in the chaos, these ever square walls while throughout infinity black holes devour each other. Why is the straight line the shortest path, when everything in our universe is curved? The junkie’s thought travels full circle and comes back to itself. It just keeps looping, passing through the same starting point. In front of the television, he sees shadows moving. He cannot determine in which direction these shadows are going; as they seem to return perpetually to the centre of the screen. They seem to be moving whilst staying still. After all, that is what televisions do: don’t move, stay still, create social order.

The junkie then imagines millions of people all sitting in an armchair or on a sofa at the same time, staying still, with a glassy eyed look. He doesn’t really know what time it is. Then he tells himself he is simply no longer in time. Through the window, he thinks he sees cranes circling. The world shifts whilst staying still. However everything moves in the same unknown direction. Then everything ends up tilting; and collapsing…

We find ourselves on all fours, as we were as a baby. Lying down in the pram, lying down in the coffin, we always end up tilting. With or without gods, we always bite the dust to end up in the state of balls or micro-spheres that are found in cremation powder, or the fine sand of a beach

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Une étoile filante

(English version)

 

Je la vis tomber du ciel. Belle et lumineuse, elle ressemblait à une grande étoile de mer. Je me baissai puis la pris dans ma main. A mon grand étonnement, je m’aperçus qu’elle bougeait légèrement.

_ J’ai fait un long voyage épuisant pour venir jusqu’à toi, me dit l’étoile. Les nuits étaient d’une obscurité effroyable et les soleils peu nombreux. J’ai d’ailleurs la sensation d’avoir perdu un peu de ma lumière.

_ Je trouve que tu es encore très belle et étincelante. Ce n’est pas comme moi dont la lumière se trouve à l’intérieur et avec laquelle il ne m’est donc pas possible d’éclairer mon chemin. J’ai marché durant des heures, des mois et des années dans la tristesse, avec l’espoir que tu viendrais à ma rencontre. Dans l’obscurité, tellement tu étais lointaine, je me cognais contre tous les obstacles, même si parfois je croyais savoir où j’allais. Et tu ne t’apercevais même pas de mes tâtonnements.

_ Je cherchais à comprendre.

_ Il est parfois nécessaire de ne pas chercher à comprendre pour justement mieux comprendre les choses.

Toujours dans ma main, elle doubla brusquement de volume en modifiant légèrement sa forme, devint plus lourde, puis, tout en se métamorphosant, sauta pour atterrir alors sur le sol en apparaissant dans sa vraie physionomie.

_ Je ne me lasserai jamais de te regarder, lui dis-je avec un léger sourire cependant empreint de gravité.

_ Même lorsque ma lumière sera proche de rejoindre l’obscurité ?

_ C’est sans importance. Je serai moi aussi proche de l’obscurité. Ce qui fait que je percevrai mieux ta lumière que sous un ardent soleil.

J’aimais en elle le blond discret de sa chevelure qui était en parfaite harmonie avec la couleur de ses yeux. Son visage était d’un paisible sérieux d’où émanait le rayonnement de l’intelligence. Je ne savais pas grand chose d’elle et pourtant je l’aimais. Aussi m’ouvrais-je à elle comme si nous nous connaissions depuis toujours. Sous sa clarté j’avais enfin la délicieuse sensation de ne plus être seul. Elle était mon œuvre d’art vivante faite pour me tenir compagnie. Et le bonheur irradiait tout mon être.

_ Lorsque, de là-haut, j’apercevais la lumière de ta fenêtre, je me demandais à quoi tu pouvais bien penser. Du ciel, je n’avais d’yeux que pour cette minuscule lumière perdue au milieu des milliards de points lumineux.

Elle prit alors ma main. Je sentis une étrange sensation se transmettre de mon bras au reste de mon corps.

_ Tu aimerais partir en voyage avec moi? me demanda-t-elle.

_ Je ne désire qu’une seule chose : être avec toi.

_ Alors viens.

Nos deux corps s’illuminèrent soudain, puis nous traversâmes le ciel en laissant derrière nous une longue trainée lumineuse.

Deux amoureux allongés dans l’herbe se regardaient en silence. Tout à coup elle leva les yeux et dit:

_ Regarde comme c’est joli, il y a deux étoiles filantes qui passent dans le ciel.

 

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Copyright  2000 Serge Muscat

Publié dans la revue Inédit n°143, juin 2000 (Belgique).

 

 

Du gramophone à l’ordinateur

(English version)

DU GRAMOPHONE A L’ORDINATEUR

Une odyssée de la mémoire

Par Serge Muscat

 

Durant des siècles, l’écriture, la peinture et la sculpture furent les seuls média pour conserver les traces du passé. Cette très longue période fut ce que l’on pourrait appeler « la période du silence ». Puis, au début du XXe siècle, les inventions de l’enregistrement sonore, photographique et cinématographique ont totalement modifié les comportements culturels de nos sociétés.

Pendant la première moitié du XXe siècle, les différentes technologies de conservation des informations ne relevant pas de l’écriture furent totalement différenciées et indépendantes. La photographie et le cinéma utilisaient du bromure d’argent, et les enregistrements sonores utilisaient des bandes magnétiques pilotées par un système électronique à lampe, puis à transistor analogique. Et aucune convergence n’existait entre ces diverses technologies. Puis à la fin du XXe siècle apparut l’invention de l’informatique. Grâce à cette technologie, tous les supports d’informations se retrouvèrent réunis en un seul. L’informatique est donc devenue un « hypermédia ».

Face à cette capacité de rassembler tous les média en un seul, un certain nombre de questions apparaissent à présent. La mémoire du passé étant dépendante des technologies électroniques et des logiciels qui les accompagnent, comment envisager le stockage et la diffusion de ces informations, alors que la plupart des technologies de l’informatique sont verrouillées par des brevets? L’importance capitale de pouvoir accéder à cette mémoire du passé sans dépendre des entreprises qui détiennent les brevets permettant de fabriquer les équipements aptes à décoder ces informations provoque de nombreux conflits.

Jamais autant qu’aujourd’hui ne s’est posé le problème de la conservation et de la restitution des informations stockées sur les ordinateurs. La plupart des logiciels produits étant des logiciels brevetés, toute indépendance à l’égard de l’information est par conséquent impossible. Nous sommes arrivés à un stade de la numérisation de l’information où nous ne reviendrons pas en arrière. Il est donc très important d’acquérir une indépendance pour la conservation de notre histoire.

Depuis l’invention du magnétophone et de la caméra, nous avons pu conserver des archives sonores et filmiques de notre société. Ces inventions ont considérablement élargi le champ historique autrefois cantonné aux documents écrits. Avec l’invention de ces technologies, la culture orale est devenue une sorte de culture « orale-écrite »ne subissant plus les déformations de la culture orale initiale de jadis, où l’on transmettait les récits de génération en génération de bouche à oreille.

Toute la richesse de ces archives passe désormais par le filtre de l’informatique pour être consultée. Le risque est donc par ailleurs important de voir se volatiliser des informations précieuses que le livre ne peut pas transmettre. La poésie sonore serait par exemple impossible à transcrire sur un document imprimé étant donné qu’elle fait souvent appel à des sonorités qui ne relèvent pas du langage conventionnel. La possibilité de conserver le discours oral dans sa forme première est un progrès considérable dont nous ne prenons pas assez conscience dans notre vie quotidienne. Si le magnétophone avait existé à l’époque de Socrate, probablement le comportement des individus aurait été différent, mais nous aurions également une approche totalement différente de la recherche philosophique.

Si il y a eu une préhistoire, puis avec le document écrit une histoire, avec l’enregistrement sonore et vidéo nous sommes entrés dans une nouvelle histoire qui nous permettra de bien mieux comprendre le sens de nos actions passées, de nos passions et de nos erreurs.

© Serge Muscat, janvier 2008.

Journal télévisé

Comme chaque jour des millions de gens regardent le journal télévisé. Aussi face à cette frénésie je publie ici un ancien texte qui rend hommage à Guy Debord (suite).

La ville

Elle ne s’essouffle jamais. La ville est cet ensemble où naissent et renaissent, dans un perpétuel tourbillon, de bétonneuses infatigables, les bâtiments de chaque époque. S’y perdre, comme le faisaient les situationnistes, dans le dédale des rues, jusqu’à avoir le vertige de se retrouver dans un ailleurs, où plus rien ne nous semble familier. Partout des traces de vies passées, sans que rien ne puisse revenir de ces instants fugaces dont il ne reste que poussière. (suite)

Clic!Clac!

L’art le plus populaire pratiqué par nombre de gens dans le monde est sans conteste la photographie. Tout individu a au moins une fois dans sa vie réalisé une photographie avec un appareil même rudimentaire. (suite)

Du casse-briques au casse-pipe

C’est avec le cœur battant que je me rends au magasin où brillent les premières consoles du jeu de casse-briques. Du haut de mes treize ans, je regarde le fascinant boitier noir. Cet étrange objet me parait venir du futur. Ce futur des films de science-fiction qui me font tant rêver lorsque je vais au cinéma.
Le vendeur est au bout du comptoir, occupé à renseigner des clients. Tout près de la console se trouve un écran de télévision. Il semble éteint. Je m’approche et observe avec attention la console. Sur la surface de plastique noir sont incorporés plusieurs boutons, avec un interrupteur où il est inscrit : on/off (suite).

« Vous reprendrez bien un peu de capitalisme? »

Voici un article de Karl Aberstoen dont la lecture est intéressante concernant notre société actuelle au capitalisme triomphant. D’un clic de souris, l’homme provoque une famine à l’autre bout du monde en jonglant avec la bourse. Époque des drones où l’on tue à distance.  Aussi nous posons-nous la question: « De quoi demain sera-t-il fait? » .

Avoir les tuyaux plus gros que la tête

En ce début de XXIe siècle, lorsqu’il s’agit de théories de la communication, les journalistes font souvent un parallélisme avec la plomberie, en parlant de « tuyaux ». Ces fameux tuyaux grossissent de jour en jour en même temps que les flots d’informations publicitaires. Cependant ces tuyaux ressemblent plus à un tout-à-l’égout qu’à une canalisation d’eau potable. Il en émane des odeurs fétides sous le signe de la société du spectacle.

Dans ces tuyaux, qui au départ étaient faits pour la communication entre universitaires et chercheurs, s’est insidieusement infiltrée la télévision. D’autre part, avec Internet, la publicité entre par effraction dans notre messagerie jusqu’à envahir tous les ordinateurs de la planète. Elle fait mille fois mieux que les antiques services postaux. Nos rêves sont à présent peuplés de publicités qui hantent notre esprit comme d’interminables cauchemars. Les escrocs « spécialistes » du ramonage font pâle figure face aux centaines de mails déversés chaque semaine dans nos messageries en nous promettant le bonheur en échange d’un numéro de carte bleue. Si l’on devait consommer ne serait-ce qu’un dixième de tout ce qui nous est proposé, nous n’aurions pas assez de temps pour jouir de cette masse de produits. Comme une oie que l’on gave pour son foie, les publicistes voudraient nous gaver de pacotilles jusqu’à vomir pour enrichir des actionnaires masqués.

Société de l’information qui pousse l’homme au suicide tant l’électrochoc informationnel met son esprit en déroute. Planète entière connectée sur le néant de fictions inabouties. Les tuyaux ne semblent jamais assez gros pour faire circuler cette masse pâteuse et dense. Désormais, dans les appartements, on consacre un pan de mur entier pour la fixation d’un écran géant qui envahit la conscience avec ses décharges d’images à répétition. Beaucoup d’accidentés sur ces autoroutes de l’information. Dévastation de l’inconscient qui produit des individus qui ne sont plus maîtres d’eux-mêmes

Sans titre (oeuvre présentée au salon de la photo 2011)

 

Copyright Serge Muscat 2011.

Papeterie

Etude de l’INSERM sur l’impact de la télévision sur les enfants

 

Voici résumé en deux séries de dessins l’impact de la télévision sur les enfants. Il y a de quoi s’inquiéter… Quant aux individus adultes qui regardent la télévision environ quatre heures par jour, on peut imaginer ce que cela produit sur leur psychisme.

Le passage de l’unicité à la reproductibilité

Depuis les débuts de la civilisation jusqu’au XXIe siècle, nous sommes passés de la fabrication d’objets uniques à la fabrication d’objets en série, cette dernière constituant la culture dite de masse. Dans ce passage du singulier au multiple, Walter Benjamin fut un fin observateur du bouleversement qui était en train de se produire à son époque. Comme il l’écrit, « avec la gravure sur bois, on réussit pour la première fois à reproduire le dessin, bien longtemps avant que l’imprimerie permit la reproduction de l’écriture.(suite)

La messagerie électronique et les transformations culturelles du rapport à l’écrit

La généralisation de la messagerie électronique dans toutes les activités de communication en remplacement du courrier postal utilisé depuis des siècles a amené divers auteurs à se demander si notre société n’allait pas devenir amnésique, du fait de la très grande perte d’informations générée par l’effacement des données. Si les documents audiovisuels ne peuvent être conservés sur un support papier, en revanche les documents écrits et iconographiques peuvent être conservés sur du papier. Face à cela, les partisans du tout électronique mettent en avant le caractère écologique de la messagerie électronique qui permet de ne plus couper d’arbres pour fabriquer du papier. (suite)

LE HOLD-UP PLANETAIRE

Nous vous proposons la lecture d’un ouvrage publié en 1998 et mis dans le domaine public qui explique le fonctionnement de l’empire Microsoft. De ce fait, vous comprendrez mieux pourquoi nous parlons des logiciels libres et du système d’exploitation GNU/Linux sur ce blog. De plus en plus de pays sur la planète utilisent GNU/Linux en remplacement de Windows. C’est une très bonne initiative et nous espérons que cela va prendre une grande ampleur. Le logiciel propriétaire mène à une impasse, et il est important que la population en prenne conscience. Microsoft est un parasite qu’il est grand temps d’éradiquer.
LE HOLD-UP PLANÉTAIRE.

Nous vous proposons ici une conférence de l’auteur du HOLD-UP PLANÉTAIRE qui vous fera comprendre l’impact des logiciels libres et du combat qu’il faut mener contre l’empire Microsoft. Cliquer ici pour visionner la vidéo.

Liens en rapport avec le logiciel libre:

https://www.fsf.org/ Free Software Foundation. Fondation créée par Richard Stallman, inventeur du logiciel libre.

https://fsfe.org/index.fr.html Free Software Foundation Europe. Fondation européenne pour le logiciel libre.

https://www.april.org/ Association défendant le logiciel libre.

https://www.laquadrature.net/fr Association qui défend les libertés numériques.

http://distrowatch.com/ Site qui donne la liste des distributions GNU/Linux et la possibilité de les télécharger.

https://linuxfr.org/ Site francophone sur l’actualité de GNU/Linux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:GNU/Linux Portail GNU/Linux qui propose de nombreuses informations.

http://framasoft.org/ Framasoft. Site comportant un très grand nombre de logiciels libres.

https://aful.org/association Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres.

https://nos-oignons.net/ Site du système Tor qui permet d’être anonyme sur Internet.

 

 

Ivresse

Le sommeil de la ville

Internet et le monde du libre

Le développement d’Internet, qui au début de son utilisation servait à échanger des messages par voie électronique entre chercheurs, permet à présent, grâce à une batterie de nouveaux langages comme PHP et Javascript, de réaliser des programmes d’une grande interactivité avec les utilisateurs. Cette interactivité est née du développement des logiciels libres dont le plus connu est le système d’exploitation GNU/Linux. D’une informatique centralisée, lourde, l’orientation s’est faite vers une informatique légère et en réseaux. Cependant, la mise en service de nouveaux réseaux faisant croître la complexité de la toile ne signifie pas que la centralisation a disparu. Elle a seulement changé de forme en permettant à ceux qui ont les clefs, de surveiller tout le réseau en des endroits multiples. (suite)


© Serge Muscat 2011.

Salon de la photo 2011


FOSDEM 2012

Les 4 et 5 février se déroule le FOSDEM 2012. Si vous n’êtes pas trop loin de Bruxelles, ne ratez pas cette manifestation des acteurs du libre dans le monde de l’informatique. A l’heure où Microsoft essaie de verrouiller les ordinateurs pour ne plus utiliser Linux avec la sortie de Windows 8, il est important que le plus grand nombre de personnes réagissent avec intelligence pour contrer ce prédateur et cet ennemi de la liberté. La suite c’est ici: FOSDEM.

Rencontres Mondiales du Logiciel Libre

La 12e édition des RMLL se dérouleront du 9 au 14 juillet 2011 à Strasbourg. Ne manquez pas cette manifestation riche en nouveautés dans le monde du libre. Voici le lien du site officiel où vous pourrez avoir toutes les informations: RMLL.

La Tamise (Londres)

Richard Stallman à Radio Campus à Lille

Richard Stallman était l’invité de Radio Campus à Lille le 23/02/2011. Voici la version intégrale de l’entretien en audio au format libre .ogg. Dans cet entretien, contrairement aux conférences, Richard Stallman prend le temps de rentrer dans les détails de la philosophie du logiciel libre. Entretien.

Vous trouverez également une conférence de Richard Stallman sur le lien suivant: conférence 2007.

Conférence sur LibreOffice à Paris au mois d’octobre 2011

Du 12 au 15 octobre 2011 se déroule une série de conférences sur LibreOffice. Des acteurs comme l’Université Pierre et Marie Curie, l’Université Denis Diderot et l’INRIA participent à ces conférences. C’est l’occasion de comprendre l’impact des logiciels libres dans la recherche informatique et de mieux comprendre l’éthique du logiciel libre comme le définit Richard Stallman.

Vous trouverez toutes les informations sur ce lien: Official LibreOffice Conference.

Curriculum vitae

L’ampoule a grillé

Dans un livre dont je ne sais comment il est arrivé entre mes mains, je lisais que devenir adulte était de parvenir à voir le monde sans les déformations du regard de l’enfance.
Des propos écrits par un auteur cynique, de ces hommes à qui le suicide n’arrive jamais et qui, à l’occasion, n’hésitent pas à faire mourir les autres. (suite)

Le réverbère

Paysage urbain (Seine)

Arbres de ville